La Cour de révision
devra réexaminer l'affaire Seznec
11 avril 2005
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La commission de révision des condamnations pénales
a décidé, lundi 11 avril 2005, de saisir
la Cour de cassation, statuant comme cour de révision,
ultime étape avant l'éventuelle annulation
de la condamnation de Guillaume Seznec aux travaux forcés
à perpétuité.
La Cour de cassation devrait se saisir du dossier à
l'automne 2005. La commission avait été
saisie le 30 mars 2001 par la garde des sceaux de l'époque,
Marylise Lebranchu, par ailleurs maire de Morlaix (Finistère).
Une décision inédite
dans cette affaire vieille de 82 ans: 15 demandes de
révision ont déjà été
déposées. Et toutes rejetées.
Quel est donc l'élément qui, ce 11 avril,
a conduit la commission de révision à
porter, pour la première fois, le dossier Seznec
devant la cour de révision ? Cet "élément
nouveau" est une personne dont l'existence avait
jusqu'à présent était contestée.
La personne avec laquelle Guillaume Seznec et Pierre
Quemeneur avaient rendez-vous le 25 mai 1923 à
Paris existerait bel et bien. Ce que Guillaume Seznec
a toujours affirmé. Ce personnage crucial s'appelle
Boudjema Gherdi dit "Charly".
Aujourd'hui, la commission de révision estime
qu'il convient "de s'interroger sur le rôle
que l'existence de Boudjema Gherdi aurait pu jouer auprès
des jurés s'ils l'avaient connue lorsqu'ils ont
apprécié la culpabilité de Guillaume
Seznec". La cour de révision
devra donc juger si ce rendez-vous est de nature à
faire peser un doute sur la culpabilité de Seznec,
condamné à perpétuité pour
le meurtre de Quemeneur.
Tout commence le 25 mai 1923. Guillaume Seznec, maître
de scierie à Morlaix, se rend à Paris
dans sa Cadillac avec un de ses amis, le conseiller
général Pierre Quémeneur. Les deux
hommes ont l'intention d'acheter et de vendre des voitures
laissées par les Américains après
la guerre.
Mais voilà. Guillaume Seznec rentre seul à
Morlaix 3 jours plus tard, le 28 mai. Pas Pierre Quémeneur
dont le corps ne sera jamais retrouvé. On retrouvera
sa valise, en gare du Havre, dans laquelle on découvrira
une promesse de vente, signée et datée
du 22 mai, dans laquelle il s'engageait à vendre
l'une de ses propriétés à Guillaume
Seznec.
L'enquête est rondement menée. Au procès,
l'accusation jugera que le fameux "Charly"
était sorti tout droit de l'imagination de l'accusé.
Guillaume Seznec est finalement condamné aux
travaux forcés à perpétuité,
le 4 novembre 1924, pour avoir tué Pierre Quémeneur
et fait un faux pour la promesse de vente. Sa peine
est commuée à vingt ans de travaux forcés
en 1938. Puis les contre-enquêtes s'accumulent,
six jurés font part de leurs doutes et le général
de Gaulle gracie le bagnard en 1947.
Après le procès, une première demande
de révision est déposée. Elle s'appuyait
déjà su le fameux Boudjema Gherdi. La
veuve Seznec l'avait en effet retrouvé dès
1926; il était commerçant en pièces
détachées 17 rue Brochant à Paris.
Il reconnaissait même avoir croisé Pierre
Quémeneur, mais avant la date des faits. La demande
de la veuve Seznec sera pourtant rejetée.
C'est alors qu'intervient un témoignage décisif,
celui de Colette Noll. Cette ancienne résistante
explique qu'elle a reconnu, dans le livre du petit-fils
du bagnard,"Nous les Seznec" paru en 1992,
l'homme qui avait dénoncé son réseau
à la Gestapo. Cet agent double serait Boudjema
Gherdi. Or Pierre Bonny, l'un des policiers chargés
de l'enquête sur Guillaume Seznec, révoqué
de la police pour avoir fabriqué des faux, a
travaillé rue Lauriston, siège de la Gestapo
française. Il a notamment arrêté
Geneviève de Gaulle, en 1943, dans des circonstances
similaires à celles de Colette Noll, avant d'être
fusillé à la Libération.
"On ne saurait dissiper le trouble que fait
naître cette supposée connaissance entre
les deux hommes" note la commission de révision,
"dans la mesure où la personnalité
de l'inspecteur Pierre Bonny autorise toutes sortes
de supputations quant à la conduite de l'enquête
et la qualité des preuves retenues contre Guillaume
Seznec."
Selon les magistrats de la Commission
de révision, "la preuve de l'existence
de Boudjema Gherdi n'est pas une preuve automatique
de l'innocence de Guillaume Seznec, mais le
lien possible entre Gherdi et l'inspecteur Bonny permet
de s'interroger sur les relations entre les deux hommes
non seulement à cette époque, mais au
moment de l'affaire Seznec".
"Une telle coïncidence pourrait expliquer",
notent les magistrats, "à défaut
d'une machination policière, des failles dans
l'enquête, notamment quant à la recherche
du corps de la victime (...) et sur le personnage avec
lequel les deux hommes avaient rendez-vous à
Paris."